Trump, gris de rage?

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Que signifie le changement subit de couleur de cheveux observé chez le président sortant américain, autrefois jaunes ? Éléments d’analyse.

Que signifie le changement subit de couleur de cheveux observé chez le président sortant américain, autrefois jaunes ? Éléments d’analyse.

C’était le vendredi 13 novembre : alors que, chose déjà inhabituelle, il n’était pas apparu publiquement depuis plusieurs jours, Donald Trump a soudain surgi gris (très clair) sur les écrans de télévision. Whaaaaaaat ? Stupéfaction générale. Le 45président des Etats-Unis, qui faisait là un point sur la situation sanitaire, a évoqué (tout en ne reconnaissant pas la victoire de Joe Biden) une possible «autre administration». Mais cet embryon d’évolution politique a moins marqué que le revirement capillaire. Que Trump change de couleur de cheveux était impensable. Et pour cause.

Crêpe

Une crinière jaune canari («pisseux» pour les amis des animaux et/ou allergiques à Trump) et un teint orange fondent le look du milliardaire golfeur locataire de la Maison Blanche depuis 2017. Ils sont devenus à eux seuls une iconographie, nourrie de gros plans mémorables, notamment en cas de coup de vent destructeur de l’édifice capillaire dûment laqué qui alors se déploie façon crêpe hors contrôle.

rump lui-même n’a jamais caché l’importance qu’il accorde à sa coiffure – il est allé jusqu’à demander un assouplissement de la loi américaine qui réglemente le débit d’eau des douches. Fin septembre, dans une enquête sur ses manœuvres pour acquitter le moins d’impôts possible, le New York Times a notamment révélé que le Président, quand il animait l’émission de téléréalité The Apprentice, déduisait de son montant imposable 70 000 dollars (environ 60 000 euros) de frais de coiffeur (et maquillage) au titre de frais de représentation… Incarner un avenir doré sur tranche par sa tronche a un coût.

Coup de bambou ?

Or, donc, voilà Trump silver. Gris vieux, quoi, alors même que le candidat à sa propre succession n’a eu de cesse pendant la campagne de prouver combien il était plus réactif, vigoureux, dynamique, jeune en clair, que «sleepy Joe» Biden, son aîné de quatre ans – et silver depuis longtemps. Ce changement spectaculaire de marqueur n’a évidemment pas échappé aux réseaux sociaux, avec moult interprétations politico-capillaires à la clé : teinture oubliée dans l’incertitude électorale, coloriste viré (fired) de rage comme bien d’autres affidés, tentative de gagner en honorabilité… Une option a emporté la mise, le coup de bambou post-défaite majeur.

Les cheveux, notoirement, véhiculent une symbolique très forte – vitalité et puissance, notamment. Le blanchissement complet ex subito, lié à un stress intense, fascine (et terrifie) depuis des lustres. Le phénomène aurait notamment frappé la reine Marie-Antoinette et l’auteur Thomas More (Utopia) la veille de leurs décapitations respectives. Estampillé «syndrome Marie-Antoinette» dans le grand public, il est scientifiquement désigné par «canitie subite». Et si le doute subsiste quant au rôle du stress dans la couleur du cheveu, certaines études l’affirment. En tout cas, l’hypothèse que l’agitateur mondial en chef serait là rattrapé par un burn-out de ses propres cellules est clairement séduisante, comme un juste retour de boomerang.

Rare aspérité

Ce qu’on observe : cet épisode confirme la coiffure comme l’une des rares aspérités physiques que concèdent (parfois) les hommes politiques et elle peut leur valoir un flot de commentaires dont les femmes politiques sont (pour une fois) protégées. Sans doute parce que le vestiaire masculin, notamment celui qui prévaut dans l’exercice du pouvoir, est si normé, policé, passe-muraille, qu’il offre peu de prise. Et avoir vue sur les chaussettes, rare espace d’originalité, est compliqué – sauf chez le Premier ministre canadien Justin Trudeau qui en a fait un outil de com.

Trump n’est pas le premier ni le seul dirigeant à faire jaser du cheveu. Ronald Reagan, noir jais même octogénaire, idem Berlusconi (sur peau orange et dents ultrabrite), la calvitie révélatrice d’un angiome en forme de carte de géographie de Mikhaïl Gorbatchev… Parmi les contemporains, on peut citer, entre autres, Boris Johnson et sa touffe ébouriffée, le Coréen Kim Jong-un et sa brosse un brin grotesque (bombée, tirée vers l’arrière, nuque dégagée et côtés rasés), l’Israélien Benyamin Nétanyahou et sa versatilité pigmentaire assumée. En France, Emmanuel Macron (qui n’est pas guetté par la calvitie contrairement à la majorité de ses prédécesseurs, hormis le fourni Sarkozy) a une tendance à la houppette dûment maîtrisée, qui parfois laisse échapper un accroche-cœur (comme quoi il en a ?). Très propret. Le blanchiment accéléré de la barbe de son ex-premier ministre Edouard Philippe, lié à un vitiligo (maladie auto-immune qui entraîne une dépigmentation) a suscité bien plus d’intérêt (auquel il a répondu sans détour).

Ce qui est certain : si le cheveu gris est devenu tendance ces dernières années, au point que certaines jeunes femmes l’adoptent, l’assumer blanc (ou le teindre) n’est toujours pas anodin, pour les deux sexes. Blanchir reste un point de bascule, avec ses connotations : l’accepter signifie sagesse bienvenue mais renoncement (à la jeunesse), et le couvrir, jeunisme mais volonté louable de rester dans la course. Dans le cas de Trump, le renoncement est envisageable – et souhaitable – malgré la bataille juridique en cours et les dénégations. La sagesse, no comment.

avec MSN

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