Togo: Crise – Transition politique, passage obligé de la réussite du dialogue

10 mois passé(e)s
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Nul doute que tous les acteurs ne s’accordent pas sur le mode d’emploi manipulé à la hussarde du dialogue, ce qui fait de l’annonce du 15 février un nouveau marché de dupes en perspective.

C’est vrai, le constat au niveau du pouvoir qu’au niveau des principaux acteurs de l’opposition ne donne pas l’occasion de croire en une volonté politique de réussite du dialogue annoncé par les médiateurs. Préalables, référendum, libérations des détenus, constitution de 92, vote de la diaspora, départ de Faure Gnassingbé, voilà un pot pourris de concepts, disparates et ambigus, les uns les autres devant lesquels les protagonistes de la grise togolaise vont briller dans l’incompréhension, les dissensions et surtout l’hypocrisie. Le dialogue, s’il vise à réussir, selon les observateurs devrait durer longtemps, le temps d’une transition politique sur laquelle tous les acteurs devront s’entendre sur l’essentiel. Condition sine qua none.
Il n’est pas intolérable de balbutier le dialogue politique annoncé pour le 15 février entre l’opposition politique et le régime des Gnassingbé au bout des lèvres. Bien entendu, en raison de l’incertitude qui le marque et des positions diamétrales qui opposent les acteurs.
Il s’agit du régime politique, RPT/UNIR, obnubilé par un référendum sans condescendance et sans finalité qu’il brandit comme arme contre la pression populaire marquée par les descentes récurrentes des centaines de milliers de personnes à l’appel de 14 partis de l’opposition pour revendiquer le retour à la constitution de 1992 et le vote de la diaspora. Néologismes politiques est ampillés Tikpi Atchadam, une expression qui venait de prendre le relai de la formule bateau de revendications dénommée reformes constitutionnelles et institutionnelles longtemps chantée par la classe politique.
Il a fallu la réelle menace des marches à travers le pays et la diaspora pour que le pouvoir RPT Unir comprenne qu’il y a un peuple qui revendique des droits et qui conteste la durée de 50 ans à la tête de la nation par la même famille, Gnassingbé.
Aujourd’hui, l’impact inquiétant des revendications populaire a équilibré les rapports de forces, au point où le pouvoir soit obligé de lâcher prise en concédant dans une malignité suspecte la limitation de mandat et le retour du scrutin à deux tours. Des concessions qui sont très vite éliminées par des dispositions parallèles qui garantissent à Faure Gnassingbé de rester au pouvoir comme il veut et le temps qu’il voudra.
Le dialogue annoncé, loin d’être un souhait de l’opposition reste plutôt une préoccupation du pouvoir politique qui a épuisé ses ressources légendaires : la mise en service des miliciens pour renforcer les répressions de l’armée régulière, les stratégies de reformes au sein du parti UNIR avec le congrès nationale, la mobilisation des jeunes et le conseil des sages du parti.
C’est inédit, le régime togolais n’a jamais autant essuyé des sueurs froides face à la pression de l’opposition. C’est pourquoi au-delà de toutes les fanfaronnades exprimées par les cadres du parti au Togo et à l’étranger, ils veulent mettre fin à la crise, à l’instabilité socioéconomique et politique qui secoue le Togo.
Mais la mauvaise foi et les jeux de quille habituels des tenants du pouvoir risquent de faire capoter le dialogue et plonger le Togo dans une crise plus profonde que celle connue actuellement.
Les conditions du dialogue
Le Chef de file de l’opposition, Jean Pierre Fabre est assez clair sur la question. Il est illogique de s’engager dans une aventure de dialogue alors que le pouvoir politique maintien en otage certains militants de l’opposition présentés comme auteurs des troubles des marches ou d’incendies des marchés.
C’est inadmissible. Le leader du PNP, Tikpi Atchadam s’étonne que tout le monde crie au dialogue alors que l’ordre du jour et les acteurs invités à ce concert n’ont pas encore été nettement identifiés. « Si nous allons au dialogue, c’est pour négocier le départ de Faure Gnassingbé. Si nous le laissons, il trouvera les moyens de rester… » à souvent déclaré le leader du PNP qui a longtemps dénoncé les tours de passe du pouvoir en place et sa brillance mauvaise foi sur les engagements pris.
Pour les autres acteurs, observateurs de l’opposition, il est important, pour créer les conditions d’un vrai dialogue mettre le régime au pas. Les responsables du parti au pouvoir doivent d’ores et déjà abandonné le farfelu projet de référendum qui les obsède. C’est aujourd’hui la question qui divise le plus et c’est aussi la question qui fâche. Mais les observations démontrent qu’à côté des discussions et des concertations qui convergent vers un dialogue, le régime dans une sérénité cynique qui l’a toujours marqué prépare en douce l’organisation d’un référendum.
Sur d’autres chapitres, c’est la présence des forces armées qui mettent certaines villes, notamment, Sokodé, Bafilo, Kara, Mango, en état de siège avec empêchement de toutes les manifestations politiques d’opposition.
Voilà donc les obstacles qui ne peuvent permettre un bon démarrage du dialogue annoncé et qui semble se présenter comme la fin de la crise.
Dans sa légendaire malignité et dans le contraste injuste le plus total, le pouvoir RPT UNIR demande la concession, à côté de toute la batterie d’exigences qu’elle refuse de concéder, la suspension des manifestations politiques de l’opposition comme si l’annonce du dialogue suspend les droits constitutionnels, civils et politiques du Togo. Par ailleurs, en lieu et place des 14 partis qui mettent la pression, le pouvoir se prépare à envahir le dialogue par ses partis satellites dont les positions restent fixées sur les intentions malsaines du pouvoir de faire perdurer le pouvoir des Gnassingbé dans des démonstrations rocambolesques et abracadabrantesques.
Des situations qui devraient aviser l’opposition sur les intentions du pouvoir de se fonder sur le mode d’emploi préfabriqué du dialogue pour reprendre la situation en main.
Ce contexte effrayant des préceptes du dialogue devrait obliger la classe politique, et surtout les médiateurs à ne point s’engager dans une aventure sans issue qui aura le mérite d’exacerber la crise, plutôt que de la résoudre.

La transition, passage obligé
Le leitmotiv des manifestants de l’opposition dans la rue est fondamentalement le départ de Faure Gnassingbé. La plupart des diplomates que nous avons interrogés comprennent le peuple togolais dans une révendication qui n’est pas exagérée. Il faut être foncièrement inféodé à la période médiévale pour accepter qu’une famille cherche à se maintenir au pouvoir après avoir totalisé 50 ans à la tête du pays.
Les 50ans, s’ils avaient au moins permis de distribuer équitablement les richesses du pays, de développer la nation et d’assurer le bien-être social pour atténuer la situation du peuple et garantir son épanouissement aurait pu être accepté. Le constat est plutôt amère et calamiteux: corruption, gabegie, vols et détournement, injustice, etc. meublent une gouvernance atypique décriée à travers le monde.
Le bon sens recommande que ce règne prenne fin.
Pour que le dialogue donne l’occasion au peuple d’espérer, il faudrait un engagement ferme avec des garde-fous : Faure Gnassingbé et son entourage devraient prendre solennellement l’engagement de répondre aux aspirations du peuple togolais. Celles du changement, de l’alternance.
2020 devrait être la date butoir qui permettre au régime RPT UNIR de plier bagages après avoir démontré son incapacité à épanouir ses citoyens.
Faure Gnassingbé a réussi à se faire élire dans la fraude et les manipulations diverses, dans les tueries et les massacres de 2005 à nos jours. Trois mandats c’est déjà assez excessif pour une démocratie moderne.
En obtenant la garantie que Faure Gnassingbé devrait quitter impérativement le pouvoir, le dialogue devrait s’ouvrir sur une transition responsable menée à part égale par le pouvoir et l’opposition, histoire de préparer en douce le départ du Chef de l’Etat togolais.
C’est ce qu’on appelle une transition, avec un gouvernement de transition et un parlement transitoire susceptible de conduire le pays vers des élections démocratiques auxquelles les meneurs de la transition ne seront pour les deux camps candidats. Le gouvernement actuel qui a montré ses limites et qui a mis le pays en lambeaux devrait céder sa place à une équipe plus équitable et ambitieuse du destin de la nation.
Une feuille de route de transition sera établie et scrupuleusement respectée avec le regard minutieux de la communauté internationale, Union Africaine, ONU, pourquoi pas.
Le Togo sera alors engagé sur une voie de la démocratisation avec l’élection dans la durée de la transition d’un nouvel exécutif et d’une assemblée nationale démocratique légitime et responsable.
La transition aura réglé les différents problèmes qui ont nourrit le débat politique, notamment la question des reformes, la constitution de 1992 et la reconstitution des institutions de la république. C’est le seul gage pour une sortie de crise au Togo. Toute autre manœuvre ne sera que du saupoudrage à distraire les togolais et la communauté internationale et à enfoncer le Togo davantage dans la crise.
Le dialogue s’ouvre le 15 février prochain, on espère que face à la crise et à la colère, le dialogue ne sera pas une partie de folklore où, pour présenter un tableau de satisfaction et de décrispation de la crise, le pouvoir sorte des orchestres, des tambourins et des cymbales sonores, des danses folkloriques pour noyer le vrai débat.
Gnassingbé père dont ont a célébré hier le 13ème l’anniversaire de la mort a habitué ses hôtes des pantomimes du genre qui s’arrêtent dans les grandes salles qui ont abrité ces genres de rencontre.
La vigilance est de mise.
Carlos KETOHOU

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