Oui , la Charte de Lomé sur la sécurité maritime adoptée, Et après ?

4 ans passé(e)s
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Pari gagné pour le Président Togolais… Faure Gnassingbé doit se sentir  le plus heureux de la Planète Terre depuis le 15 Octobre 2016, jour  de l’adoption et de la signature de la charte sur la sécurité maritime. Il vient donc de faire du Togo la Capitale Africaine de la sécurité maritime. Ce que le Monde n’oubliera pas. Chapeau M. le Président !!! Mais  cette adoption n’est pas une fin en soi. Ce document perdrait  toute son efficacité si les Dirigeants Africains  se limitaient juste à l’engouement, à l’euphorie et aux coupes de champagne provoqués par cette adoption.  Et   Il serait inefficace devant une croissance à un chiffre ,  il serait également inefficace devant un fort taux de pauvreté, terrain favorable à la piraterie maritime. Le boulot n’est donc pas terminé chers Dirigeants Africains !!!

« Nous garderons le cap des efforts accomplis », des mots du Président Togolais à l’ouverture du sommet le samedi 15 Octobre.  Des mots qui rendraient la charte plus efficace si ces efforts arrivaient à tenir compte d’une politique soutenue en termes d’emploi et de formation et aussi des causes véritables de la piraterie.

Nécessité de revoir la politique d’emploi et de formation dans les pays Africains..

L’espace maritime peut contribuer au développement du continent Africain. Dit-on, régulièrement. Certes, il lui apporte déjà d’énormes richesses. Il lui en apportera davantage si la donne s’énonçait autrement. Lors de son passage à Lomé dans le cadre du sommet sur la sécurité maritime, la présidente de la Commission de l’Union Africaine a déclaré que l’Afrique est à la croisée des chemins, s’agissant des avantages économiques tirés des espaces marins. Le Continent noir, il faut le souligner, représente moins d’un pour cent de marins et juste 1,8% des navires sont détenus par les Africains, alors que 90% de ses importations et exportations se font par voie maritime. Et le continent ne tire aucune partie en termes d’emploi. La valeur de l’économie bleue en Afrique est estimée à environ 1000 milliards de dollars avec des milliers d’opportunité pour les jeunes Africains. Mais ces opportunités sont loin d’ètre accessibles à ces jeunes. La Charte de Lomé d’une manière ou d’une autre va renforcer la sécurité sur le plan maritime, ce qui encouragera plusieurs pays dont les bateaux ne passaient par le port de Lomé ou n’accostaient pas au port de Lomé à entrer en relations commerciales et économiques avec le Togo. Plus de sécurité, plus de bateaux et chiffres d’affaires en creshendo. Bonne nouvelle pour l’économie Togolaise. Bonne nouvelle pour l’économie Africaine.

Avec cette hausse du nombre de bateaux sur les côtes africaines, il faudrait un personnel important et bien qualifié surtout en industrie portuaire. Les Dirigeants Africains seront donc appelés à revoir leur politique de formation dans les écoles et universités. De nouvelles filières devront être introduites dans le cursus. Ce qui permettra aux jeunes d’être vraiment compétitifs et d’être prêts pour l’emploi d’aujourd’hui et de demain. Dans les universités publiques Togolaises par exemple, aucune Faculté n’étudie la matière ou la substance portuaire, alors que des milliers d’emplois sont susceptibles d’être créés sur le site.

Pour certains postes dans les ports Africains, l’on ne ferait appel qu’à l’expertise extérieure ou occidentale parce que les compétences manquent en Afrique. Les grands experts en manutention à l’instar de Bolloré ou de Progossa manquent cruellement Afrique. Il faudrait y penser. La charte n’est pas une fin en soi. Elle appelle plutôt à plus de travail et à plus d’orientation. Sur le point de la formation justement, la présidente de la Commission Dlamini Nkosazana Zuma souhaite voir les armateurs occidentaux contribuer à la formation des jeunes en Afrique, afin qu’ils puissent travailler dans le secteur de l’industrie maritime. Il serait donc intéressant que les premières Autorités Africaines négocient avec les centres de formations ou les universités des pays occidentaux ou orientaux. Soit, l’Afrique enverrait ces jeunes dans ces écoles , la formation une fois terminée, ils retourneront au bercail pour aider à installer ces unités de formation. Soit, on ferait venir ces Experts en Afrique qui nous aideront sur une dizaine d’années à adapter nos universités à la réalité portuaire. Une telle formation devrait mettrait sans nul doute un accent particulier sur la croissance. Plus d’emploi, plus de pouvoir d’achat et plus de consommation.

S’agissant de la consommation justement, avec plus de bateaux sur les côtes africaines à l’horizon, il faut une population beaucoup plus consommatrice. Consommatrice des produits importés. Il faudrait donc que les Autorités Africaines revoient le traitement des fonctionnaires et des privés. La nécessité d’augmenter les salaires à tous les niveaux s’impose. La nécessité d’entrer en contact régulier avec les entreprises privées, les subventionner s’impose. La nécessité de connaitre la situation des employés privés en termes de contrat à durée déterminée ou contrat à durée indéterminée s’impose. Pour une croissance à deux chiffres, il faut tous ces paramètres. En janvier 2016, les dirigeants Chinois ont augmenté les salaires de tous les fonctionnaires et ont aussi demandé à tous les chefs d’entreprises privées d’augmenter les salaires de leurs employés. Ceci pour permettre à tout chinois d’avoir un pouvoir d’achat conséquent et de pouvoir consommer régulièrement et en toute tranquillité. Parce que sur un certain nombre d’années précédant 2016, plusieurs entreprises chinoises à l’interne ont fermé leurs portes faute de pouvoir d’achat. Les Chinois consommaient moins. Ils avaient un pouvoir d’achat très faible.

Si aujourd’hui, avec cette Charte, on parle du développement économique du continent en comptant sur le nombre de bateaux qui accosteront sur les côtes africaines,  force est de constater que le développement économique serait palpable si tous les Africains avec la possibilité de consommer tout ce qu’apportent ces bateaux. Les véhicules ne vont plus trainer au port, les magasins ne vont plus fermer leurs portes, les supermarchés vont faire des chiffres d’affaires terribles et extraordinaires, et l’Etat renflouera ses caisses avec des impositions intéressantes. Revoir le niveau de vie des populations s’avère important.

                                    Les facteurs  encourageants la piraterie

Les Dirigeants du monde combattent l’Etat Islamique mais leur guerre ne serait fructueuse que si et seulement si leurs actions  tiennent véritablement  compte des facteurs favorisant le djihadisme. L’Etat Islamique et Boko Haram très riches aujourd’hui ne surfent que  sur la misère, la pauvreté et les frustrations. Tous ces jeunes qui se radicalisent ne trouvent pas à faire, ils chôment  et ne savent à quel saint se vouer. Et les Organisations Islamiques les pioches, les engagent en qualité de fonctionnaires avec des salaires allant de 650 à 2000 d’Euros et plus.

La piraterie coute chère à l’Afrique mais elle ne disparaitra pas totalement si l’on ne s’attaque à la cause qui la favorise. La pauvreté. De 1990 à 2010, il y a eu plus de 4000 actes de piraterie. En 2014-2015, 368 actes.  Et en 2009, 159 navires ont subi des attaques pirates, 1 052 marins pris en otage dont 8 ont été tués. En 2010, 21 navires et 480 marins sont pris en otage. Le cout des actes de piraterie en mer pour l’économie mondiale est estimé entre 7 et 12 milliards de dollars par an, sachant que les pirates qui écument les routes maritimes au larde de la Somalie sont jugés responsables de 95% de ce cout global.

Une étude réalisée auprès des pirates Somaliens affiche une portée intéressante. Réalisée par l’ONUDC en collaboration avec l’ONG Behond The Piracy(OBP), l’enquête désigne la pauvreté comme une des raisons principales du passage à l’acte. Les mauvaises conditions économiques sont en effet citées comme une raison principale pour passer à l’acte et faire de la piraterie. « Je n’avais plus d’argent, j’ai donc décidé de rejoindre les pirates afin d’obtenir de la nourriture » cite l’un d’eux. « Ma famille est pauvre, voilà pourquoi je rejoins les pirates » précise un autre. La pêche illégale dans leur région est une autre raison rationnelle citée pour justifier la piraterie. Les « pècheurs illégaux nous ont amené à devenir pirates » fait remarquer un prisonnier.

Selon un rapport de la Banque Mondiale datant de 2015, l’Afrique Subsaharienne enregistre la moitié des pauvres du monde. De Lomé à Libreville en passant par Lagos et Mogadiscio, la pauvreté bat son plein. Des millions d’Africains s’en sortent difficilement avec moins d’un dollar par jour. Au Togo, une minorité s’accapare les richesses du pays, près de 60% de la population sont pauvres et pourtant, nous avons 60% de terres fertiles non exploitées. Au Gabon, le Président Bongo est le 5ème Chef d’Etat le plus riche d’Afrique avec une fortune estimée à plus 250 millions de dollars mais avec plus de 65% de Gabonais pauvres. En Angola, le Chef de l’Etat José Eduardo Santos a une fortune estimée à plus de 31 milliards de dollars dans les banques occidentales, mais des millions d’Angolais végètent dans la pauvreté. Est-ce que la Charte de Lomé a tenu compte de tous ces aspects ?  Si l’on ne met pas en branle une politique soutenue en termes de lutte contre la pauvreté, on attaquera les pirates aujourd’hui, mais à l’avenir on aurait d’autres pirates plus virulents, plus féroces et plus intelligents capables de contourner toute mesure de sécurité possible ? Ce que la pauvreté, la misère et les frustrations peuvent faire faire…

Le Nigéria avec plus de 150 millions d’habitants enregistre plus de 100 millions de pauvres. Or, le niveau de violence des attaques atteint en Somalie et au Nigéria est beaucoup plus élevé que dans les autres pays africains. Les pirates de ces deux pays sont mieux équipés en armes à feu, en particulier les Somaliens qui, pour beaucoup, disposent de fusils automatiques et de lance-roquette. Les pirates Somaliens et Nigérians sont également responsables de la totalité des 30 meurtres de membres d’équipage enregistrés dans les eaux africaines entre 1998 et 2008 et plus de 60% des dommages causés aux victimes. Si le Nigéria et ses pays frères ne revoient leur politique de lutte contre la pauvreté, Boko Haram et le monde de la piraterie se montreront toujours prêts à trouver du travail aux pauvres, aux frustrés, aux aigris et aux miséreux.

Chers Dirigeants Africains, la Charte de Lomé n’est pas une fin en soi. Elle engage beaucoup plus de responsabilité. Responsabilité en ce qui concerne une politique en matière d’emplois et de formation, une politique basée sur la croissance et une politique soutenue en matière de lutte contre la pauvreté.

Chers Dirigeants Africains, plus de 32%  de vos enfants Africains souffrent de malnutrition chronique. Veuillez penser à eux. Sinon, leurs frères sont susceptibles de constituer un véritable danger pour la paix africaine, pour la paix mondiale.

Firmin Teko-Agbo

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