BENIN : Gaymanie et kinsinsin, le Togo met le feu…

7 mois passé(e)s
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Depuis quelques jours, le phénomène s’est invité dans la crise déjà périlleuse au Togo. Des Béninois présumés “sacrificateurs” de jeunes enfants et filles sont victimes récurrentes de la vindicte populaire. Une horrible pratique qui remonte au milieu des années 1990 dans la sous région et qui est consécutive à une impression généralisée d’impunité orchestrée et entretenue par les forces de l’ordre. Depuis, elle s’est étendue à des voleurs de quartiers puis a disparu entre temps avant de réapparaître, cette fois-ci, en riposte à un fléau que de jeunes Béninois n’hésitent pas à exporter chez leurs voisins.

La “gaymanie”, née au milieu des années 2000 et qui s’est amplifiée ces dernières années avec l’explosion de l’internet consiste pour des africains en général (Ivoiriens, Camerounais, Béninois, Burkinabè tiennent le peloton de tête) à arnaquer via le web quelques crédules généralement européens. Soit en miroitant de ténébreux transferts d’argents indus à la généreuse d’une âme en fin de vie, soit en proposant une juteuse affaire (exportation de sève de moringa ou des plumes ou autres œufs d’animaux rares). Plus récemment encore, la gaymanie s’est invitée dans le chantage sexuel si ce n’est pornographisant… Au point où un député béninois, le très honorable notable Parfait Houangni, a été pris au piège et s’est vu brandissant sur youtube les derniers relents érectiles de son phallus fané… pris au piège sur-passionnelle de sa libido !

Ce qui a véritablement changé, c’est qu’à force de reportages et autres sensibilisations, l’appât attire de moins en moins. Alors en bons béninois, les acteurs ont voulu associer un coup de pouce spirituel. D’où le Kininsin, un esprit qui leur garantit la crédulité de leurs potentiels clients et la prospérité. Sauf que Kininsin est une chevronnée sangsue qui ne boit que du sang humain. Ce qui justifie ces dernières années une partie des disparitions et homicides enregistrés au Bénin. Le gouvernement Talon s’étant levé contre le phénomène, les “Gaymen” ont débarqué ces derniers jours, par centaines à Lomé. Capitale proche et innocente et où la vie est aussi moins chère que les jeunes filles ne soient belles et accessibles. Le cocktail nécessaire dont a besoin un bon gayman au quotidien à ses heures de plaisirs. Et l’esprit “kininsinesque”, même expatrié ne peut rester à jeun, les crimes rituels se sont multipliés au Togo. Un cadavre sans tête ici, un corps de jeune femme sans clitoris là bas, un autre aux seins emportés…. La macabre recrudescence a révolté les Togolais. Qui s’en sont pris aux gaymens, brûlant quelques uns.

Cette situation me fait réfléchir et réagir d’autant que je vis entre Paris et Lomé depuis plus de 15 ans et que je me sens doublement concerné. Une partie de mes enfants est togolaise, je travaille quelques mois chaque année à Lomé, je suis béninois et j’ai publié dans la presse togolaise il y a quelques années des articles fouillés sur la gaymanie.

D’abord, l’information faisant du buzz sur les réseaux sociaux et selon laquelle des dizaines de Béninois auraient été brûlés est fausse. Il n’y a que 3 ou 4 pour l’instant. Ce qui est déjà trop. La police togolaise, dans le cadre d’accord de coopération unissant les deux pays, fait un remarquable travail. Elle arrive en sauver beaucoup avant le précipice fumant. Puis à les remettre à la police béninoise. Et c’est tout à son honneur. Les personnes brûlées, notamment celles de Kpogan le jeudi dernier, ont tenté (il n’y a aucun doute sur ce) d’étrangler une jeune fille et ont été surpris puis ont pris la fuite. Des témoignages concordants les accablent d’autant qu’un enfant a disparu plutôt dans le quartier et ils étaient soupçonnés de l’avoir enlevé. Leurs portables ont révélés des conversations corroborant des informations liées à des recherches d’organes humains et des contacts avec d’autres gaymen aux mains de la police. Ensuite, les Togolais ne s’en prennent pas aux Béninois lamda. Cela n’est pas vrai d’autant qu’aucun résidant béninois n’a été jusque-là inquiété. Mais il est normal que les populations soient plus regardantes sur les Béninois pour protéger leurs familles. Même si c’est une minable minorité de Béninois qui sont concernés et que la majorité travaillent et se bat. Il n’y a la guerre entre Béninois et Togolais que dans l’imagination de web-activistes à la recherche d’affrontements entre deux pays qui ne sont séparés que par les méfaits de la colonisation. Enfin, n’est-il pas normal que face à une police corrompue qui fait parfois le jeu de criminels, des populations s’organisent pour se protéger ? Je ne dis pas qu’il acceptable que la barbarie du châtiment succède à celle du crime mais je pense que bruler un tueur d’enfant est moins condamnable que de donner du sang et des organes humains à un fétiche. C’est un point de vue.

Il faut donc alerter l’opinion, créer rapidement un cadre juridique qui prévoit une sanction proportionnée aux crimes rituels et punisse sévèrement les acteurs de façon à rassurer les populations. Et faire un travail de traque pour détecter et mettre hors d’état de nuire ces criminels d’un genre nouveau. Aussi faudrait-il penser à une cellule gouvernementale d’accompagnement pour ces jeunes gaymen afin d’envisager une reconversion et une prise en charge à la fois spirituelle et psychologique avant qu’ils ne passent à l’acte. Une chose est certaine, il faut les poursuivre jusqu’à leur dernier retranchement. Et si lors de la poursuite, il en a de moins chanceux qui passent à l’holocauste, ce ne sont pas les bruleurs qui sont responsables mais les sacrificateurs. Ils n’ont aucune excuse même si la police doit veiller à intervenir, si elle le peut, avant la vindicte. Mais au lieu d’incriminer les populations quelque peu dépassées, indexons le mal à la base, les gaymen.

Pour le reste, Béninois et Togolais vivent en paix depuis. 200.000 Togolais au moins vivent au Bénin, la moitié moins pour les Béninois vivant au Togo. De part et d’autres, expatriés et nationaux vivent en paix. Si vous voulez venir en weekend à Lomé, pas de quoi avoir peur. Rassurez-vous de ne pas être kininsinto. Et si vous avez peur, passez-moi un coup de fil. Hahahahahaha….

MAX-SAVI Carmel

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